LA CAVERNE AU TRYPHON

Un projet du programme de recherche
OBSERVATOIRES DE L'INACCESSIBLE [ Pendant ce temps ...]

Étude No 1 : Salle souterraine de La Verna, Pyrénées, France


Nicolas Reeves & NXI Gestatio [ Nicolas Reeves | David St-Onge ] 2015

Installation consistant à faire évoluer dans une grotte souterraine un cube volant du programme "aérostabile" muni de caméras et de projecteurs. À la manière d'un organisme larvaire et luminescent, il se déplacera doucement dans l'espace de la grotte et pourra se rendre dans des conduits qui n'ont jamais été visités, retransmettant en temps réel pour le public, sur un écran vidéo, les images de ces véritables "premières" spéléologiques.

QUI SONT LES TRYPHONS ?


Les aérostabiles sont des automates volants capables de rester immobile dans les airs, de se déplacer dans toutes les directions et de tourner sur eux-mêmes selon des axes horizontaux ou verticaux. Les Tryphons sont des aérostabiles cubiques, développés depuis plusieus années par le laboratoire NXI Gestatio [Nicolas Reeves • David St-Onge] dans le cadre d'installations en arts technologiques. Ils ont été présentés dans plusieurs pays. Ici, un Tryphon vole sous la nef du Grand Palais (Paris), durant lesÉtés de la Danse 2008.


Les applications artistiques des Tryphons se sont vite déployées sur une vaste gamme de projets. Il est par exemple possible d'effectuer sur leurs faces des projections vidéos adaptatives, qui suivent leurs mouvements et les transforment en véritables lanternes volantes. Sur cette image, les visiteurs envoient des messages SMS qui défilent sur le cube au fur et à mesure de leur arrivée.


Originalement conçus pour des installations en art architectural, les aérostabiles se sont progressivement équipés de batteries de senseurs de tous les types (obstacle, déplacement, accélération, altitude, champ magnétique, lumière, voix...) qui leur permettent à présent d'interagir avec des danseurs et des performeurs, avec des visiteurs, et entre eux. À gauche, la danseuse Centrafricaine Ghislaine Doté en performance avec un cube volant au festival FILE de Sao Paulo en 2012. À droite (haut et bas), performance au chalet du Mont-Royal durant le festival Chromatic 2014, à Montréal. Deux cubes en interaction avec deux danseuuses et deux capoeiristes.


Les aérostabiles ont suscité un intérêt considérable de la part de protagonistes de plusieurs disciplines. Spécialistes de la robotique et de l'intelligence en essaim, ingénieurs, éthologistes, artistes de tous les domaines, scénographes, chorégraphes, se sont succédés pour augmenter leurs potentialités et en faire une véritable plate-forme de recherche-création ouverte aux expérimentations en arts, en sciences et en technologie. Huit laboratoires ont contribué à leur développement depuis leur naissance. L'équipe actuelle implique un laboratoire de recherche-création et trois laboratoires de robotique.

 



Quatre aérostabiles de type "Tryphon", de 2,25m d'arête, ont été construits. Leur structure est faite de membrures en fibre de carbone, assemblées par des réalisés par prototypage rapide; la structure seule pèse moins d'un kilogramme. Ils ont été précédés par les modèles "Mascarillon", à structure en tilleul, d'une longueur d'arête de 1,70m, et du modèle "Nestor" en fibre de carbone, d'une longueur d'arête de 1,60m. Ci-dessus, deux Mascarillons avec projection adaptatice en temps réel, événement Folie-Culture, Musée de la Civilisation, Québec 2006.

 



Trois Tryphons en vol au centre Winzavod de Moscou, durant le festival d'arts technologiques '"Science as Suspense" en 2009. En vol au centre d'une aire entourée de puissants projecteurs bleus, ils étaient programmés pour fuir la lumière et éviter les obstacles. Ces deux instructions simples ont généré durant trois semaines des orbites imprévisibles et jamais répétées, et des comportements singuliers que bien des visiteurs ont associés à ceux d'être vivants, malgré l'absence de tout élément biomorphique sur les cubes.

UN TRYPHON DANS LA SALLE SOUTERRAINE DE LA VERNA
Haute de 200 mètres, large de près de 250 mètres, la salle souterraine de La Verna est une des plus vastes salles souterraines au monde. Elle appartient à un réseau karstique dont les gouffres, les cavernes et les salles souterraines ont été explorées sur plus de 430 kilomètres aujourd'hui. La Verna est une attraction touristique majeure de la région, malgré un accès peu aisé par un étroit tunnel de 660 mètres et une température constante de 6 degrés.

Fig. 1 : Schéma du réseau karstique auquel appartient la salle de La Verna. Il s'agit d'un des plus grands réseaux de ce type sur la planète. La mise au point de sondes volante issues du projet artistique "aérostabiles" permettra, après cette installation préliminaire, d'envisager l'exploration de lieux encore plus inaccessibles.

Les contacts entre NXI Gestatio et les responsables de la grotte ont conduit à l'idée d'une installation artistique qui aura lieu du 16 au 22 juillet 2015, sous la forme d'une résidence de recherche-création. Un aérostabile de modèle "Tryphon", de 2,25 mètres d'arête, se déplacera dans la grotte en planant doucement, à la manière d'un animal cavernicole et luminescent. Il sera muni de caméras et de "spotlights' leds.

Fig. 2 -Photo de la salle depuis le balcon d'observation avec une représentation schématisée des aérostabiles en vol, à différentes distances. La silhouette humaine sur la droite, située à 200 mètres, donne l'échelle. Les schémas représentent des cubes volants de type 'Tryphon" (2,25m de côté) tels qu'ils apparaîtront respectivement à 50 mètres, 100 mètres, 150 mètres et 200 mètres de l'observateur. Des cubes immobiles ainsi positionnés dans l'espace peuvent servir de balises flottantes, capables de retransmettre les signaux radio et vidéo sur de grandes distances, ou à travers des conduits tortueux.

Au sommet de la salle s'ouvrent des galeries inaccessibles, qui pour cette raison n'ont jamais été explorées depuis la découverte du gouffre en 1951. À intervalles réguliers, le Tryphon se déplacera vers les entrées de ces grottes et y pénétrera aussi loin que possible afin d'en déterminer la configuration, et d'en fournir les toutes premières images. Les images captées seront retransmises en temps réel sur un écran vidéo.

Fig. 3 -Panorama de la salle vue du balcon d'observation. La fissure verticale qui s'ouvre au plafond, vers le centre, mesure plus de trente mètres de haut et neuf mètres de large et n'a jamais été explorée. Son ouverture se situe à plus de 180 mètres du sol. Issus d'une démarche artistique, les aérostabiles constituent actuellement la seule technologie viable pour pénétrer dans cette caverne et suscitent un intérêt considérable de la part de la communauté spéléologique. Tant par l'aspect inédit de cette tentative que par la démarche artistique qui préside aux aérostabiles depuis leur création, et détermine tant leur morphologie que leur esthétique et leurs modes de édplacement, l'exploration de l'inaccessible se positionne ici comme une performance de recherche-création à part entière.

Il s'agira ni plus ni moins que d'une première géologique, pour laquelle aucune autre technologie ne peut être utilisée. Il est impossible d'entrer dans cette grotte avec des drones (autonomie trop limitée, pilotage sans visibilité, ondes radios bloquées par les parois rocheuses), avec des montgolfières (trop volumineuses, aucune visibilité vers le haut), par une structure de type échafaudage, dont les dimensions devraient être colossales, ou par alpinisme (parois trop friables pour être escaladées). Une montgolfière a déjà effectué un vol dans la salle La Verna 2003, mais elle ne s'est pas approchée des parois hautes. il s'agissait d'une expérience conçue par des étudiants de l'école Polytechnique qui n'avait pas d'objectif exploratoire.

Fig. 4 -Voies d'alpinisme accessibles dans la salle de La Verna. Les silhouettes humaines au sol donnent l'échelle. Les voies montent jusqu''à environ 100 mètres et ne rejoignent pas la grotte au sommet, du fait de la friabilité de la roche. Elles s'arrêtent au niveau d'une faille horizontale appelée "discordance hercynienne" (également visible sur la Fig. 2), qui correspond à la limite entre d'anciennes couches plissées et erodées, vestiges d'une ancienne chaîne pyrénéenne aujourd'hui aplanie, et les dépôts sédimentaires arrivés ultérieurement qui constituent les Pyrénées actuelles.

Les artistes seront présents dans la grotte durant les expériences, et seront disponibles pour répondre aux questions du public en dehors des périodes de vol. Cette expérience préliminaire permettra, au vu de la configuration du conduit, de mettre en place une installation plus avancée dans laquelle une sonde volante, à la morphologie adaptée aux circonstances du lieu, pourra s'avancer beaucoup plus loin dans les tunnels. Les aérostabiles existants pourront être positionnés à différentes altitudes dans la caverne, ainsi qu'à différents endroits critiques, afin de relayer les signaux audios et vidéos transmis par la sonde.

La conjonction dans un tel projet de l'installation artistique et de l'exploration spéléologique est caractéristique des projets du programme "Observatoires de l'Inaccessible", et entrent directement dans les champs d'investigation de la recherche-création. À la manière des romans de Jules Vernes, elle combine la mise en scène et le dévoilement des phénomènes de la nature, et font entrer les défis de telles explorations dans la catégorie des œuvres d'art. Enfin, une telle installation correspond directement à l'un des axes de développement du laboratoire NXI Gestatio, qui consiste à proposer des installations d'art numérique hors des galeries ou des festivals dédiés, de façon à rejoindre un public en général peu familiarisé avec cette catégorie d'œuvres, et même parfois peu au fait de leur existence.

Le site de La Verna peut être consulté à l'adresse http://www.laverna.fr